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Pourquoi je danse?

Pourquoi je danse ?

Il est presque « amusant » de constater que lorsque l’on plonge profondément dans sa passion, on peut parfois en oublier ce qui nous a fais l’aimer en premier lieu.

Après plus de 10 ans de véritable passion pour la danse, cette année-ci fut très difficile pour moi sur le plan émotionnel. J’avais programmé de donner 3 fois plus de cours que l’année précédente en omettant complètement le fait que je devais terminer ma thèse. Dés les premières semaines de cours, je me suis rendue compte du boulot colossal que cet ajout de cours représentait alors que je devais également travailler avec acharnement pour arriver à finir mon doctorat dans les temps. Au fil des semaines, j’ai commencé à perdre le goût de danser, tout simplement. Je ne savais plus « pourquoi » je faisais ça, « pourquoi » je donnais cours, « pourquoi » je faisais des shows ?

En même temps, je préparais également ma participation au carnaval de Rio en m’entraînant physiquement 2 à 3 fois par semaine à la salle de sport. Bien que je rêvais de ce moment depuis des années, j’en venais à me demander ce que j’aimais tant dans la danse pour m’imposer une telle somme de travail et du coup, un tel épuisement physique et émotionnel ? Je ne savais même plus répondre à cette question.

Au début du mois de décembre, j’ai décidé qu’il fallait que je retrouve le simple plaisir de danser pour moi mais je me suis vite rendue compte que j’aurais besoin d’aide. Après 7 ans de pause dans les danses folkloriques latino-américaines, j’ai alors recommencé à suivre des cours de danse afro-péruvienne à distance avec un grand ponte de Lima. Ce fut une vraie bouffée d’oxygène qui m’a permis non seulement de renouer avec une culture qui est profondément ancrée dans mon cœur, mais également de me retrouver à nouveau juste une élève qui se laisse guider par l’énergie et la connaissance du professeur, qui expérimente, découvre, s’entraîne, répète 1000 fois le même mouvement pour le parfaire, recherche la meilleure façon de faire, échoue aussi de nombreuses fois… Le fait que cette danse n’avait rien avoir avec la Samba a aussi été salvateur. Pour la première fois depuis longtemps, je ne me sentais plus « sous pression », personne ne me demandait « d’être parfaite », de performer ni de donner cours. J’étais juste une élève comme tant d’autres, qui expérimentait. Je sentais que le vide qui s’était créé en moi commençait à se remplir à nouveau d’énergie, ma passion revenait peu à peu.

J’ai ainsi eu la force de continuer à assumer cours, shows, thèse, préparation du spectacle de fin d’année et préparation du carnaval de décembre à février. Mon voyage à Rio a été absolument fantastique et m’a rappelé pourquoi j’aimais tant la Samba et la culture brésilienne. Cependant, le retour fut rude : j’ai fais un aller simple pour le creux de la vague (bien profond, le creux). Et oui, le retour de Rio signifiait également les 3 derniers mois avant de rendre ma thèse, après 5 années de travail. Autant dire que je passais mes journées avec les fesses vissées sur une chaise à fixer mon écran et à bouloter. Lorsque je ne travaillais pas pour ma thèse, je « travaillais » pour la danse. J’en étais donc arrivée à ce stade. Après plus de 10 ans de passion pour la danse, c’était devenu un « travail » à part entière qui me demandait énormément d’énergie et de temps alors que tout ce que je voulais c’était avoir du temps pour moi et simplement « ne rien faire ». Parce que « ne rien faire », même si c’est extrêmement dévalorisé dans notre société, et bien c’est nécessaire, ça fait du bien, c’est ainsi qu’on se ressource. En tant qu’artiste, on donne énormément de notre énergie à la fois artistique, physique et émotionnelle. On nous demande de « créer » sans cesse. A la fin de l’année, autant dire que je ne me sentais plus capable de rien créer.Je me sentais juste « vide », de tous les côtés de mon être. Et ça y était, je ne savais de nouveau plus pourquoi je faisais tout cela.

Pourtant, je ne supporte pas de faire les choses à moitié. J’ai donc continué du mieux que je pouvais, en serrant les dents, à tout gérer et à vouloir satisfaire aux exigences de tout le monde, y compris les miennes. Je me suis entraînée tous les jours pendant un mois pour préparer les chorégraphies que je devais présenter au gala en dansant même jusque tard dans la nuit, en costume, la veille de ma défense publique de thèse. Tout ça parce que je ne voulais pas faire quoi que ce soit de « moins bien ». Je n’ai rien voulu laisser paraître de cette détresse immense par professionnalisme mais aussi parce qu’il n’est pas dans mes habitudes d’avouer une faiblesse. De plus, j’ai été fortement médiatisée de par ma participation au carnaval de Rio et il n’aurait pas été de bon ton d’exprimer le revers de la médaille.

Finalement, j’ai terminé l’année comme une zombie, épuisée, vidée et moralement cassée mais cela m’a donné une leçon : il faut parfois pouvoir lâcher prise et prendre du recul vis-à-vis de sa passion pour ne pas en perdre l’essence même. J’ai aussi appris qu’il faut que j’ose déléguer car je ne peux pas tout faire moi-même, malgré la difficulté que j’ai à l’accepter.

Maintenant, j’essaye de me guérir en me rappelant chaque jour pourquoi je danse. Je danse pour être libre, investir mon corps et le laisser s’exprimer sur une musique qui touche profondément mon âme, raconter l’histoire et la culture d’un peuple, nourrir mon âme par la créativité. La danse est un bonheur qui m’appartient et que personne ne pourra jamais m’enlever.

Et vous, pourquoi dansez-vous ?

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